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« Et toi, t’es pour ou contre l’Intelligence Artificielle? »

« Et toi, t’es pour ou contre l’Intelligence Artificielle? »

Depuis que j’ai commencé à m’y intéresser et au cours de mes années de recherche, on m’a posé différentes questions sur l’intelligence artificielle « Qu’est ce que c’est ? Ça sert à quoi ? Vous cherchez quoi dans les labos ? … ». La dernière en date et qui est celle du titre « Et toi, t’es pour ou contre l’Intelligence Artificielle ? » m’a particulièrement interpellé. Il faut avouer que cela peut être déconcertant pour un chercheur de se voir demander s’il est pour ou contre sa discipline. « Ah bon, t’es chercheur en physique. Et t’es pour ou contre la physique ?»

Cela se rapproche d’une autre question d’actualité que l’on a pu me poser récemment.

Q : « t’es pour ou contre les gilets jaunes ? ».

R : «Ben, c’est plutôt utile pour signaler sa présence sur une route fréquentée par des voitures. Par contre, le jaune c’est pas ma couleur.».

Ce type de questions attend une réponse binaire, pour une problématique qui ne l’est pas. C’est évidemment le rêve de tout ordinateur qui se respecte d’arriver à réduire une problématique complexe à une réponse binaire. Les êtres humains eux conviendront que les solutions aux questions de société ne devraient pas être binaires. Malheureusement, on persiste parfois à attendre une réponse simple et rapide à un sujet, sur lequel il en va du bien commun de s’attarder.

Q : «La génétique, t’es pour ou contre ? »

R : «Je suis pour, tant qu’elle respecte mon éthique et contre lorsqu’elle ne la respecte pas. »

Q : « Ah oui, moi aussi je pense pareil que toi ! Euh attends, c’est quoi ton éthique à toi ? »

Notre intérêt pour un sujet dépend beaucoup de l’impact qu’il peut avoir sur nous. Cela doit être une des raisons qui font que beaucoup s’intéressent à l’IA. L’IA est avant tout un domaine de recherche. Tout comme l’informatique, elle est transversale. C’est à dire qu’elle pourrait être amenée à concerner pratiquement tous les métiers ou domaines (en commentaire vous pouvez essayer de citer un métier auquel l’IA ne pourrait apporter de solutions dans l’avenir.). Donc tout le monde est concerné. D’ailleurs les médias, les GAFAM et les stratégies nationales nous le rappel assez souvent. Tout comme le numérique elle va vite et les technologies qui en émergent nous impactent tous les jours de plus en plus. Dans nos modes de travail, de consommation, d’échange, de choix sociétaux et même dans nos doudous (ndlr smartphone en anglais) qui nous accompagnent, nous suivent ou nous traquent, partout où l’on va.

Q : « Au fait, ça sert à quoi de partager sa position sur son smartphone ? »

R : « Tes amis peuvent savoir où tu es en temps réel. Pour se retrouver dans la ville c’est pratique. Récemment, ça a permis à un groupe d’être secouru en montagne. Par contre, j’ai un pote jaloux qui s’en sert pour fliquer sa copine. »

Q : « Et donc tous les itinéraires et les lieux que tu as fréquenté dans l’année sont enregistrés quelques part ?»

R : « Oui, sur des serveurs je suppose. »

Q : «  Est ce que seuls tes amis ou contacts peuvent y accéder ? »

R : «  Ça je sais pas. De toute façon, qui ça pourrait intéresser d’autre ?»

Ce qui est fascinant avec les nouvelles technologies, c’est la rapidité avec laquelle la société les adopte. Ce qui est effrayant c’est qu’il y a rarement une notice qui vient avec. Vous savez avec les mentions, utilisation, important, précaution, attention, éviter de, ne pas utiliser en cas de …

L’IA n’est ni bonne ni mauvaise. On peut l’utiliser d’une bonne ou d’une mauvaise manière. On peut l’appliquer pour de bonnes ou de mauvaise raisons. C’est pour ça qu’avant d’adopter une de ses technologies il est indispensable de comprendre en quoi elle peut servir ou desservir.

Cette intelligence, que l’on nomme artificielle, née directement de l’intelligence humaine. Le fruit et l’usufruit de cette intelligence, dépendent de l’éthique et de la déontologie, de ceux qui les créent, et de ceux qui les utilisent.

L’IA repose sur un ensemble de connaissances humaines, qui permettent de créer les innovations qui suscitent de l’enthousiasme et/ou de l’inquiétude. « Suis-je, pour ou contre , les innovations de l’IA ?». Cela dépend, je suis pour celles qui servent à la détection précoce des maladies et à mieux accompagner les personnes fragiles, à assister l’humain dans des tâches rébarbatives, pénibles ou dangereuses, à diminuer notre emprunte énergétique et à mieux organiser nos transports, à lutter contre l’exclusion et la précarité.

Je suis contre les armes létales autonomes, contre l’analyse des comportements pour de la manipulation politique, sociale ou mercantile, contre son utilisation quand elle recrée des biais humains ou intensifie l’écart social.

Et surtout, je suis contre le contrôle de l’IA par une minorité, comme cela a été le cas pour les précédentes révolutions industrielles.

Je suis pour une société préparée aux enjeux de l’IA. Une société en mesure de se l’approprier et de la comprendre. Cela suppose de dépasser un usage passif. De donner les moyens à chacun de mieux appréhender ce que ces technologies ont à nous offrir, et surtout ce dont elles peuvent nous priver. De savoir ce qui doit nous enthousiasmer et ce qui doit nous inquiéter. Seule une large compréhension de ce qu’est et de ce que permet l’IA, offrira la conscience d’en tirer le meilleur pour nos sociétés.

Quelque soit la science : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. (Pantagruel, Rabelais)